="fr"> [Le fantastique ] Nouvelle de Margaux, 4C - Libellulus
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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 17:23

La Feuille

 

Voilà maintenant cinq ans, alors que je n’étais qu’en classe de 5ème, il m’arriva une bien étrange aventure.

J’étais en cours de mathématiques, leçon monotone, répétitive, tellement ennuyeuse mais qui était également, à mon plus grand regret, obligatoire. Je rêvassais, inattentive à ce cours dont je ne voyais franchement pas l’utilité quand soudain ma feuille d’exercices, encore vierge, glissa de mon cahier et vint, dans un vol majestueux se poser sur le sol de la classe. Trop heureuse d’avoir enfin une raison valable pour me lever, je repoussai ma chaise et contournai ma table avec lenteur, une lenteur si excessive qu’elle traduisait à elle seule mon état d’esprit. Je m’abaissai pour ramasser cette feuille et au moment où ma main vint frôler le papier, elle s’échappa, s’envolant dans les airs tel un oiseau qu’on venait de libérer de sa cage virevoltant à droite, à gauche sans que cela n’eût l’air de choquer quiconque dans l’assistance.

Mais c’est en regardant autour mes camarades que la peur s’empara de moi. En effet à ce moment là, j’étais la seule à la voir voler.

Mes muscles se crispèrent, je sentis la sueur perler sur mon front et mon pouls s’accélérer. J’étais en proie à une panique incontrôlable. J’essayais tant bien que mal de me ressaisir mais à quoi bon ? Une feuille volait dans la classe, j’étais debout, paniquée et de toute évidence, personne ne me voyait.

Les larmes me vinrent aux yeux tandis que les craies dans un mouvement bref et simultané se mirent à crisser sur le tableau, écrivant des mots indéchiffrables comme s’ils fussent provenus de quelque langue inconnue, mystérieuse et lointaine.

Ce qui n’était jusqu’à présent que profond désordre devint un carnage total. Les fenêtres s’ouvraient, se fermaient claquant dans un bruit effroyable. Les tables se déplaçaient d’elles mêmes dans la salle comme si elles jouaient entre elles. La pièce se mit à tourner. Sur le point de tomber, je pris ma chaise qui, elle, était sagement restée à sa place et, toujours aussi paniquée, m’y assis.

C’est alors que les brosses du tableau qui étaient restées inactives jusqu’ici se dirigèrent vers moi et se frappant les unes contre les autres,  libérèrent une épaisse et blanchâtre fumée.

À ma grande surprise, lorsque je la respirai, celle-ci ne me fit pas tousser. En revanche, je ressentis le besoin urgent de fermer les yeux, je me mis à bailler, de plus en plus fort, avant de tomber dans un profond sommeil. Le bruit s’estompa autour de moi. J’étais bien, comme bercée par la douce voix du professeur qui ronronnait sa leçon.

Cette plénitude fut cependant de courte durée :

- MARGAUX !!! 

Je me réveillais en sursaut, n’osant cependant ouvrir les yeux, de peur de retrouver le carnage qui régnait lorsque je m’étais assoupie.

Un long silence s’en suivit et je devinais que, derrière la barrière protectrice que me procuraient mes paupières closes, tout le monde m’observait, scrutant ma moindre réaction, attendant que j’ose enfin dire quelque chose.

Commençant à trouver le temps long et dans un élan d’une détermination  qui m’était alors inconnue, j’ouvris les yeux.

Quelle surprise ! La classe était en ordre comme si rien ne s’y était jamais passé. Les brosses étaient à leur place, les tables ordonnées, les craies dans leur boite et le tableau immaculé.

-          Alors ? Ca vous plait de dormir pendant ma leçon ? Où est votre feuille d’exercices ? »

Qu’est ce que ça voulait dire ? Je ne m’étais pas endormie pendant sa leçon comme il le disait si bien ! C’est en respirant la fumée blanche des brosses magiques du tableau que j’avais mystérieusement perdu connaissance ! Mais à qui allais-je faire croire ça ? On me prendrait pour une folle. On m’enfermerait peut-être même dans un asile ! Après tout, c’est le professeur qui devait avoir raison. Je m’étais endormie pendant son cours, et toute cette histoire n’était qu’un rêve.

Mais alors, où était-elle passée cette feuille ? Celle qui s’était envolée quelques minutes auparavant provoquant dans la classe le désordre total ?

Je parcourus le sol de la classe pendant un long moment, en vain. Je dis au professeur que je l’avais égarée et je dus me déplacer jusqu’à son bureau où il m’en donna une autre, non sans reproches. Ce n’est qu’en retournant m’asseoir à ma place que je découvris avec stupeur l’endroit où s’était nichée ma feuille. C’est donc en levant la tête que je l’aperçus, posée sur le lustre de la classe. Peut-être avait-elle été simplement déposée ici par un coup de vent. Ou peut-être s’y était-elle conduite toute seule.

À ce jour, je l’ignore encore…

Margaux, 4C, Mars 2013

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